Mon anniversaire approche. Il ne s’agit jamais d’une période heureuse.
Annuellement, je procède à un mini-bilan désagréable qui me permet de palper le temps qui passe. Je ne peux pas m’en empêcher. Et la conclusion est invariablement la même. Je me fous d’arborer quelques rides supplémentaires mais j’ai du mal à supporter que mon monde s’effrite aussi vite et qu’il soit voué à disparaître avant que je n’aie pu en profiter.
J’en suis tellement contrarié que j’en ai parlé à Viviane comme à une souillon, lui indiquant la sortie de mon bureau alors qu’elle venait sympathiquement m’apporter un document que j’avais laissé à la photocopieuse. Elle avait l’air tellement dépité que je n’ai pu faire autrement que de lui proposer de déjeuner ensemble un de ces jours. Ma connerie me perdra.
L’idéal serait, chaque année, de pouvoir me terrer pendant un mois et de réapparaître à la mi-mai, comme si de rien n’était….
Enfin non, en fait, ce ne serait pas l’idéal du tout.
Se réfugier dans la fuite ou le mensonge me ferait penser à la conne de Direct 8 qui semblait réellement convaincue que mentir était une meilleure solution pour un gay et sa famille que de faire son coming out, anéantissant en une phrase plus d’un siècle de théories sur les effets dévastateurs des “non-dits” familiaux. Comment peut-on laisser des imbéciles pareils animer des émissions sur des sujets aussi sérieux?
L’idéal serait donc de faire courageusement face aux problèmes et d’en finir une bonne fois pour toute avec ces angoisses.
D’ailleurs, je ne reste pas les bras ballants.
Je me suis offert un petit cadeau d’anniversaire: une psy flambant neuve.
Je la vois mi-mai pour la première fois et je suis excité comme une première communiante. Comment vais-je présenter les choses lors de la première séance? Quelle est ma priorité? Vais-je m’entendre avec elle? Vais-je avancer rapidement sur les sujets que sa prédecesseure n’avait réussi qu’à effleurer?
Je suis incorrigible. Lorsque je remplace une chose par une nouvelle chose, c’est comme si l’avant n’existait plus… Enfin au moins au départ…
Du coup, je n’ai même plus envie d’appeler l’ancienne pour l’informer que je n’honorerai pas les derniers rendez-vous… Je n’ai pas non plus envie d’écrire à SFR pour leur expliquer pourquoi je ne paierai pas la somme astronomique qu’ils me réclament pour résilier mon abonnement puisque je suis tellement bien chez B&You.
Et pourtant, je le ferai. Autrement je me sentirai dériver. Et la dérive me fait peur.
Je me console en pensant qu’à cette période taciturne succèdera une période flamboyante.
Vive ma nouvelle psy.
… Tant qu’il y a de l’espoir.




