Retour dans la maison de l’amour

Mais pourquoi diable me dis-je chaque année qu’à mon retour de vacances tout aura changé?

Force est de le constater:

non, non, rien n’a changé… Tout, oui, tout a continué.

Ils étaient mimi les Poppy

En atteste la délicieuse attention de Viviane qui, ayant perçu mon pas léger dans le couloir, a hurlé hier matin, toutes portes ouvertes, un tonitruant

“Saaaaaaaaaaalut Ditoooom! Viens me montrer ton bronzaaaaage”

me faisant subtilement comprendre que je lui avais manqué pendant mes trois semaines de vacances.

En atteste aussi la visite d’une heure que vient de me rendre Colette, cette pie mal intentionnée qui se répand sur tout le monde, dont le but n’était autre que de décortiquer mes vacances pour tenter de découvrir avec qui je suis parti sous prétexte d’évoquer le nombre de randonnées possibles sur mon île grecque.

En atteste encore l’intrusion de Ouin-Ouin, la secrétaire attardée, dans mon bureau pour me souhaiter un bon retour… Et aussi pour m’expliquer que l’imprimante flambant neuve trônant dans le couloir était bien une nouvelle imprimante.
Je l’ai, bien sûr, remerciée de cette précision fondamentale sans laquelle j’aurais certainement mis plusieurs jours à réaliser qu’il ne s’agissait pas d’une grosse guitare électrique bling-bling que je pourrais chevaucher à ma guise telle une blonde boulotte et mal coordonnée…

En attestent enfin les messages de Magalie, ma N+1, sans bonjour, au-revoir ou merci, simplement composés d’un drôle de mot:

Pi.

Au départ j’ai pensé que, peut-être, elle souhaitait me faire part d’un problème relatif à ses seins qui produisaient du lait malgré elle. Mais en songeant à ses maigres obus ressemblant plus à ceux de Jane qu’à ceux de Samantha, je me suis douté que j’étais sur une fausse piste…

J’ai ensuite pensé au nombre π. Il s’agissait peut-être d’un message codé et irrationnel m’indiquant que quelqu’un la harcelait ou tentait à l’instant même de la violer sur son bureau… J’ai donc couru à toutes jambes devant son bureau…
Mais en apercevant sa mine souriante et hypocrite, j’ai compris que personne n’avait tenté de la séquestrer ni de porter son sexe 3,141593 fois à la bouche de Magalie.

Alors quoi?
Que pouvait signifier ce Pi?
Je l’ai googlisé…
Je n’ai rien trouvé.
J’étais désespéré, désabusé, je commençais à taper ma tête contre les cloisons fragiles de mon bureau lorsqu’une ampoule électrique (basse tension) est apparue au dessus de ma tête.

Cette fille revêche n’était même pas foutue de l’écrire en entier… POUR INFORMATION… Ce n’est pas si compliqué d’écrire “Bonjour Ditom, je te transfère ce message POUR INFORMATION. Magalie”, hein?!?

Mais je ne m’énerve pas.

Je souris.

Je souris parce que je suis bronzé et (encore un peu) détendu en pensant aux beaux grecs qui peuplaient les plages sur lesquelles j’ai lézardé au mois de juillet.

J’en déduis une chose:

le monde autour de moi n’a pas changé.

Ma façon de le percevoir est seulement plus sereine.

Viviane veut se taper une tapette

Viviane sait que je suis gay. Elle a encore fait allusion à ce sujet tout à l’heure à la photocopieuse avec toute la finesse d’esprit que vous lui connaissez.

Oui, parce que Viviane était en train de vouloir transmettre un fax alors que je scannais un document sans y arriver. Dans un éclat de rire, elle m’a sussuré un “je te trouble hein”…

Ce à quoi j’ai répondu par un “carrément oui, tu me déconcentres…”

Sur ces entrefaites, la secrétaire à moitié mongolienne est entrée avec un tas de photocopies personnelles à réaliser.

Elle affichait un air béat à l’écoute de notre conversation, un peu comme une chaudasse qui aurait avalé un cintre. Elle m’a lancé pour toute réponse: “Ah là là qu’est-ce que les hommes feraient sans les femmes hein”.

Un nouvel éclat de rire de Viviane, se frottant contre moi avec ses seins imposants afin de s’extirper du local, a retenti. Répondant à la secrétaire elle a indiqué: “oui, tu as raison”… Puis, me regardant intensément, elle a ajouté “enfin… Les hommes n’ont pas toujours besoin d’une femme pour s’amuser hein…”

Il fallait que je conclue vite. Tout ce qui m’est passé par la tête c’est “tu sais Viviane, sans des femmes comme toi, les hommes riraient beaucoup moins”. 

Elle m’a jeté un regard défiant avant de tourner les talons.

Je sais maintenant que Viviane fait partie de ces femmes que l’homosexualité masculine excite… Et j’adore exploiter les failles de mes adversaires.

Viviane est contente d'elle.

Le mystère de la sexualité de Viviane

Ma collègue Viviane a marqué vos esprit?

Je suis certain que son coiffeur lui fait un prix.

Elle marque quotidiennement le mien aussi.

Tout à l’heure, alors qu’elle faisait retentir son rire discret dans le couloir, elle s’est approchée de moi, m’attrapant au vol dans ma marche énergique vers la machine à café, et m’a dit sur le ton de la confidence:

“Tu es au courant pour la secrétaire?”

A ce stade, je sens utile de vous préciser que la secrétaire de notre service est un croisement entre Nana Mouskouri et Pascal Duquenne.

+

=

la secrétaire

Pressentant que le pire avait pu arriver (après une agression dans le métro qui avait bien failli tourner au viol et le suicide de son mari par pendaison…) je lui ai répondu avec toute l’intelligence dont mon regard peut faire preuve: “Non!!!! Quoi????”

Elle a retrouvé un mec qu’elle appelle mon chéri et mon amour à tout bout de champ au téléphone…

Restant perplexe quant à l’importance de cette nouvelle et oubliant que je m’adressais à Viviane, je n’ai trouvé d’autre réponse que “je me demande bien ce que les mecs lui trouvent. Elle doit être un sacré bon coup”.

Viviane s’est un peu vexée… Me touchant l’épaule affectueusement et me regardant droit dans les yeux à travers ses lunettes triple foyer, elle m’a lancé: tu sais, toutes les femmes n’ont pas des critères aussi élevés que les miens

… Et après on se demande pourquoi elle n’a couché avec personne depuis 1998…