Ne me dites pas que, le soir venu, paisiblement installé dans votre lit, toutes lumières éteintes, vous ne vous êtes jamais remémoré des choses que vous aviez dites ou faites en ressentant une honte profonde. Même si la honte n’est pas un sentiment que je ressens souvent, ceux qui me connaissent vous le diront, j’ai, moi aussi, ressenti ce sentiment très récemment en me souvenant que j’avais écrit ça un jour.
Naïveté, débilité profonde, trisomie latente? Je ne sais pas ce qui clochait chez moi. Ce que je sais c’est que je ne pourrais plus écrire les choses de cette manière aujourd’hui. Je ne pourrais plus dire que je ne suis pas fan de Madonna. Tout simplement parce que cela reviendrait à me mentir à moi-même. Et me mentir à moi-même aux portes de 2012 serait malvenu.
Parce que l’année 2012 sera l’année de la Reine!
Et force est de constater que cette perspective me rend euphorique au plus haut point… J’ai l’impression de retrouver mes soixante ans.
Pour toi que la carrière de Madonna ne passionne pas – mécréant – voici un résumé de ce qui nous attend en 2012 en trois lignes.
Un film à aller voir absolument…
Un album à écouter absolument en boucle…
Un concert au stade de France le 14 juillet 2012 à savourer absolument.
Et pourtant, même moi, fan de la première heure, je dois le reconnaître: il n’y a rien de bien nouveau dans tout ça.
Madonna est connue pour être la reine de la réinvention – ce qui est plus un argument marketing qu’une réalité. Mais à cinquante-trois ans peut-on encore se réinventer? N’a-t-on pas la sensation d’avoir déjà tout fait? Ne tourne-t-on pas en rond dans son propre univers jusqu’à s’autocaricaturer à l’infini?
Ça n’étonne personne que Francis Cabrel chante en boucle la même chanson depuis 1976, que Mylène Farmer se suicide dans chaque nouveau morceau, que Zazie débite un jeu de mot foireux toutes les quarante-cinq secondes… Mais Madonna se doit d’aller sans cesse de l’avant, de ne jamais regarder dans le rétroviseur, de nous étonner sans cesse un peu plus… Parce que c’est là-dessus qu’elle joue depuis le démarrage de sa carrière. Elle est prisonnière de l’image qu’elle s’est elle-même évertuée à entretenir… Comme nous le sommes tous.
Pourtant, toute Madonna qu’elle est, à cinquante-trois ans, elle n’a plus la même fraîcheur, ses idées ne sont plus aussi révolutionnaires. Elle s’est elle même condamnée à faire du Madonna ad vitam aeternam.
Cette question peut paraître superficielle quand on l’applique à quelque chose d’aussi inutile que la carrière d’un artiste… Mais elle est en réalité plus profonde.
Elle me ramène à moi. A quoi ressemblerai-je en vieillissant? Quelles seront mes idées sur la vie? Vais-je continuer à évoluer? Vais-je continuer à me transformer autant que je me suis transformé depuis le 9 janvier 2007, date de la publication de la fameuse deuxième note de mon blog que je n’assume aujourd’hui que parce qu’elle me permet de mesurer le chemin parcouru depuis? Vais-je acquérir un peu de sagesse? Ma course se ralentira-t-elle inexorablement jusqu’à ressembler à du sur-place?
J’ai bien peur d’avoir la réponse sous mes yeux lorsque je contemple nos stars vieillissantes et particulièrement Madonna.
La preuve par A+B de ce que j’avance.
D’abord, ce film, “W.E.”.
La première fois que j’en ai vu des photos, j’ai été frappé par la ressemblance entre l’Andrea Riseborough fantasmée par Madonna et Madonna elle-même. Au naturel, elles n’ont pourtant rien de commun. Elle l’a tout simplement transformée en elle-même, ce qui peut avoir un côté effrayant, mais qui, pour un fan est finalement assez plaisant et rassurant.
Souvenez-vous du regard de la Madonna – Evita de 1996 – pour ceux qui étaient nés -
Ensuite, les deux morceaux issus du prochain album, déjà disponibles sur internet à la suite de quelques fuites soit-disant malveillantes.
Si je vous dis que je les adore et que je les écoute en boucle, je suis forcément parti pris. Je l’admets.
Mais je reconnais aussi qu’à la première écoute, j’avais l’impression de déjà les connaître par coeur.
Oui parce que Give me all your love en 1986 ça s’appelait Jimmy, Jimmy…
… Et parce que Masterpiece en 1995 ça s’appelait You’ll See.
Bon… Ne boudons pas notre plaisir. Ces morceaux restent du bon Madonna et je me précipiterai sans aucun doute sur l’album… La finesse d’un Masterpiece ou la pêche d’un Give me all your love sera toujours moins grossière et vulgaire que tout ce qui peut sortir de cet espèce de tromblon:
Mais le fait est bien réel. Il arrive un stade de la vie auquel les fondements de nos personnalités sont tellement ancrés qu’ils interdisent toute remise en question ou prise de risque. C’est à ce moment là que les gens commencent à vous désigner par le doux sobriquet de “vieux con”.
Posez-vous la question en regardant vos parents… Ne sont-ils pas la caricature de ceux qu’ils étaient lorsque vous étiez enfant?
Alors, si nous revenons à Madonna, celle qui vous semblait si subversive lorsque vous étiez enfant ou adolescent, sa musique est toujours plaisante, vous sentez qu’une fois de plus vous vous laisserez prendre à chantonner give me all your love, mais vous savez aussi que vous n’aurez plus le plaisir de la découverte. A l’excitation d’un nouveau monde a succédé le confort d’un monde connu et rassurant.





