Cette année, nous ne présenterons pas une suite de sketches enchaînés mais une pièce… Une VRAIE pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt. Le plus difficile pour le moment est de me glisser dans la peau du personnage… Un hétéro, coureur de jupons, amateurs de voitures, c’est à dire…
… Tout à fait moi.
Pendant quelques semaines, je jouais faux. Je trouvais ce personnage plat, fade… Sans intérêt. Et puis, jeudi dernier, je crois que j’ai enfin commencé à le tenir ce personnage.
Avec Susannah, nous avons répété la scène durant laquelle elle et moi sommes censés être frappés par un coup de foudre. Je dois la regarder avec désir et envie. Je dois être proche de me jeter sur elle, avoir envie de la protéger, de la serrer dans mes bras. Je dois ressentir le genre d’envie que je ne peux absolument pas projeter sur une fille… Et croyez-moi, j’ai essayé par le passé, lorsque j’étais soucieux de plaire à papa et maman.
En arrivant sur le plateau, je ne savais absolument pas comment faire pour être crédible. J’ai même songé un instant à déclarer forfait.
Et puis, nous avons joué la scène.
Je me suis surpris.
Nous avons été applaudis par les autres.
Une fois le silence revenu dans la salle, mon sexyprofdethéâtre a tourné la tête vers moi et, avec un sourire irrésistible, m’a indiqué, non sans admiration -enfin, j’aime croire que c’était de l’admiration- que j’avais été très convaincant. Il avait perçu du désir dans mes yeux et de l’envie dans ma gestuelle par rapport à cette fille. Il avait cru, à un moment, que j’allais me jeter sur elle.
Vous vous demandez comment j’ai fait? Surtout les plus effeminés d’entre vous – et Dieu sait que des lecteurs effeminés, je n’en manque pas.
Ce fut très simple finalement.
… Avec un peu de concentration et beaucoup d’imagination, j’ai transformé l’eau en vin.
Oui, devant mes yeux ébahis, Susannah s’est transformée en…
Louis Garrel.
Ça vous étonne que j’aie failli me jeter sur elle?







