Je sais maintenant draguer de la minette (Hourrah)

Cette année, nous ne présenterons pas une suite de sketches enchaînés mais une pièce… Une VRAIE pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt. Le plus difficile pour le moment est de me glisser dans la peau du personnage… Un hétéro, coureur de jupons, amateurs de voitures, c’est à dire…

… Tout à fait moi.

Pendant quelques semaines, je jouais faux. Je trouvais ce personnage plat, fade… Sans intérêt. Et puis, jeudi dernier, je crois que j’ai enfin commencé à le tenir ce personnage.

Avec Susannah, nous avons répété la scène durant laquelle elle et moi sommes censés être frappés par un coup de foudre. Je dois la regarder avec désir et envie. Je dois être proche de me jeter sur elle, avoir envie de la protéger, de la serrer dans mes bras. Je dois ressentir le genre d’envie que je ne peux absolument pas projeter sur une fille… Et croyez-moi, j’ai essayé par le passé, lorsque j’étais soucieux de plaire à papa et maman.

En arrivant sur le plateau, je ne savais absolument pas comment faire pour être crédible. J’ai même songé un instant à déclarer forfait.

Et puis, nous avons joué la scène.

Je me suis surpris.

Nous avons été applaudis par les autres.

Une fois le silence revenu dans la salle, mon sexyprofdethéâtre a tourné la tête vers moi et, avec un sourire irrésistible, m’a indiqué, non sans admiration -enfin, j’aime croire que c’était de l’admiration- que j’avais été très convaincant. Il avait perçu du désir dans mes yeux et de l’envie dans ma gestuelle par rapport à cette fille. Il avait cru, à un moment, que j’allais me jeter sur elle.

Vous vous demandez comment j’ai fait? Surtout les plus effeminés d’entre vous – et Dieu sait que des lecteurs effeminés, je n’en manque pas.

Ce fut très simple finalement.

… Avec un peu de concentration et beaucoup d’imagination, j’ai transformé l’eau en vin.

Oui, devant mes yeux ébahis, Susannah s’est transformée en…

Louis Garrel.

Ça vous étonne que j’aie failli me jeter sur elle?

GAYDAR – Leçon 4 – Ne jamais tomber amoureuse d’un gay

Vous vous souvenez de Rosine, ma copine de théâtre?

Rosine a un problème

C’est un euphémisme que d’affirmer que Rosine a un problème avec les hommes. Son manque de sexe -18 ans sans tenir une bite dans sa main doit ressembler à l’éternité- et la haine développée à l’encontre de son ex-mari parti avec sa jeune secrétaire blonde, l’ont transformée en une quinqua aigrie et envieuse du bonheur des autres. Ses hormones affichent les mêmes taux que celles de Viviane mais les résultats comportementaux sont très différents.

A la différence de Vivi, Rosine, malgré ses kilos en trop, est ce que l’on peut appeler une belle femme. Elle ne porte d’ailleurs son attention que sur des mecs relativement beaux et bien foutus avec une préférence marquée pour les latinos. Elle est l’archétype de la fille à pédés. Malheureusement pour elle, elle ne le sait pas.

Il y a quelques semaines, nous étions invités à une crémaillère et j’ai tout de suite remarqué que le regard de l’un des convives, plutôt grand, la quarantaine, assez beau, dérivait fréquemment vers moi. Vous me connaissez, je n’y ai pas porté plus d’attention que ça, trop occupé à rire avec mes copines aussi pétasses que moi… Rosine, elle, avait repéré ce quadra à l’allure virile. Dès que le champagne fut servi, elle se rua vers lui, deux coupes à la main, pour démarrer une conversation qu’elle espérait bien terminer dans son lit.

Et puis, je les ai perdus de vue, jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’un deuxième mec avait rejoint leur conversation, leurs regards trahissant le fait que Rosine était en train de donner des informations à mon propos.

La nuit s’est ensuite déroulée sans que je ne suive assidûment ce petit manège qui, je le savais, était voué pour Rosine à se terminer en eau de boudin.

Je n’avais plus pensé à cette soirée jusqu’à ce qu’hier je ne reçoive un message dans lequel Rosine évoquait à nouveau ce mec et me demandait si, selon moi qui suis le petit pédé de service, il y avait une chance, une infime possibilité pour que celui-ci soit bissexuel et nourrisse l’envie de démarrer une histoire d’amour avec elle. Ainsi, Rosine s’était caressée tous les soirs de l’été en pensant à cette soirée et à la façon dont il aurait pu la retourner et la prendre sauvagement sur le canapé.

Je me suis alors souvenu que, déjà, elle avait complètement craqué pour un mec de mon cours de théâtre dont la sophistication n’avait rien à envier à celle de Zaza Napoli. Elle m’avait confié quelques mois après qu’elle ne s’était jamais douté de son goût plus prononcé pour le léchage de couilles que pour le lapement de vulves.

Is this man gay?

Alors j’ai pris ma plus belle plume et j’ai joué mon rôle: celui du gaydar officiel de Rosine.
Je n’ai pas voulu casser les beaux moments certainement vécus en solitaire aux côtés de ce mec durant les deux derniers mois. Je ne lui ai pas dit que, sans doute, son seul rôle avait été celui de la bonne copine divertissante pour la soirée mais soulante le reste du temps. Je ne lui ai pas dit non plus que tant qu’elle ne serait pas dotée d’une bite de 23 centimètres entre les jambes elle ne l’intéresserait pas.

Non. Je ne suis pas aussi méchant… Vous en doutiez?

Je lui ai simplement répondu que, peut-être effectivement, il avait un penchant pour le sexe que l’on dit faible – Rosine est le genre de femme qui fait perdre à cette expression tout son sens – mais que je ne lui souhaitais jamais, ô grand jamais de démarrer une histoire avec ce type de boulet à la patte. J’ai ajouté que, pour son bien-être, il valait certainement mieux qu’il reste un fantasme… Qu’elle serait sans doute bien plus heureuse avec un homme aux inclinations moins troubles.

Rosine ne m’a pas répondu.

J’imagine que j’ai brisé quelque chose.

Je suis un mauvais homosexuel

Je ne comprends pas…

Plus j’essaye d’être moi-même au travail, plus je récolte des réactions comme celle de Géraud, mon ça tweete collègue.

Géraud m’adore. Il pense que je suis trendy, c’est dire si son amitié pour moi le rend aveugle. A son retour de congés, quelques jours après mon propre retour, j’ai presque cru qu’il allait me prendre dans ses bras tellement il était souriant.

Bien sûr, il s’est tout de suite enquis de mes vacances en Grèce avec toute l’absence naïve de subtilité dont il sait faire preuve.

Je lui raconte – Athènes, cette île lointaine et sauvage du Dodécanèse, le chaleureux accueil des grecs- lorsque je note une expression de curiosité coupable sur son visage. Il se lance…

Et Cécile?

Moi, interloqué, arrêtant net ce récit passionnant: Cécile?

Lui: Oui… Cécile… Ta partenaire de théâtre.

Vous vous êtes déjà pris un mur dans la figure? Un truc qui allume de douloureuses étincelles dans votre regard? Eh bien c’est un peu l’effet que m’a fait cette question.

Après avoir rassemblé mes esprits et ne comprenant toujours pas le sens de l’interrogation: Ah… Cécile… Eh bien… Euh… Elle va bien je crois… En fait ça fait un moment que…

Lui: Elle devait bien te rejoindre à Athènes, non?

C’est à dire que… Je n’étais pas tout seul à Athènes. 

Lui: Oui… Enfin… Deux pour le prix d’une, je suis sûr que ça ne te fait pas peur hein -clin d’oeil complice-.

A partir de ce moment j’ai un trou noir… Jusqu’à ma reprise de conscience sur la moquette de mon bureau dans un flot de bave le corps pris de convulsions impressionnantes à l’idée d’une marée de vagins agglutinés dans MON lit…
Enfin… Pour être plus exact, le téléphone a sonné…

Oh mon dieuuuuuuuuuuu! Serais-je devenu un homo beauf que tout un chacun pourrait confondre avec un hétéro partouzeur?

Je ne vois qu’une solution:

je promets de venir travailler tous les jours vêtu d’un pantalon fushia, de bottes à fleurs et d’une chemise rouge et jaune à petits pois afin qu’une telle scène ne se reproduise jamais.

JAMAIIIIIIIIIIIIIIIS…

On parle de moi dans la haute société

Vous aimez ma coiffure scénique?

Oui, un de mes nombreux petits monsters parle de moi et de mon oeuvre.

Et même si je trouve que ses compliments sur mon jeu sont un peu faibles tant mes performances théâtrales sont exceptionnelles, je suis un peu flatté quand même.

Je vous disais que Madonna ne m’arrivait pas à la cheville. Vous me croyez maintenant?

J’voudrais bien mais j’ose pas…

Le jeudi soir, c’est le soir du cours de théâtre.

A deux semaines de la première représentation, nous n’avons plus le temps de nous reposer… Nous répétons, nous répétons, nous répétons encore…

Et après les répétitions, nous discutons, nous discutons, nous discutons…

Je ne sais pas si vous avez déjà participé à une discussion de filles. Pour moi, l’exercice est assez nouveau. Et je les trouve assez impudiques entre elles.

Hier, Rosine, l’une de mes partenaires, me regarde bien au fond des yeux avec un adorable sourire timide et me lance “j’aimerais bien te poser une question mais je n’ose pas…”

Décontenancé par cette adorable retenue, vous me connaissez il n’y a pas plus gentil que moi, je lui réponds qu’elle n’a pas à hésiter… Et puis elle m’en a déjà tellement dit sur elle.

“Eh bien… Je n’ai pas d’ami gay autour de moi… Et je me pose une question…

Tu es actif ou passif?”

Si l’on m’avait dit que mon année de théâtre se terminerait par des conversations dignes de figurer dans un chat sur RezoG…

Tu veux vraiment savoir ce qu'il se passe dans ma chambre à coucher chérie?