Je vous emmerde

Puisque tout est important, plus rien n’est important.

Puisque tout est grave, plus rien n’est grave.

Puisque le monde est unanime, la critique s’annule.

Moins par moins fait toujours plus.

C’est certainement ce que doivent se dire Jean-Luc Delarue après sa rehab, George Michaël depuis sa sortie de prison ou Bribri avant la perte de ses kilos, pour oser revenir sur le devant de la scène devant la meute qui guette le moindre faux pas pour s’en délecter.

Je me sens sexy et je vous emmerde.

Lorsque tu es tombé par terre, soit tu te suicides, soit tu considères que tu es dans un trou tellement profond que les casseroles que tu te traînes deviennent dérisoires si on les compare à ton instinct de survie.

Le monde n’est que subjectivité. La vie, les évènements, les gens, n’ont que l’importance que nous leur donnons.

Tant pis si le concert de la vieille grecque est mauvais.

J'ai l'air d'être le fils de Demis Roussos et je vous emmerde.

Tant pis si le gendre idéal détesté donne dans la télé poubelle sans même faire d’audimat.

Même si je ne suis plus le gendre idéal, je garde mes lunettes de cadre propret et je vous emmerde.

Tant pis si le film de la mother of pop récolte des critiques assassines.

J'ai la plus belle robe, je suis la reine du monde et je vous emmerde.

L’important c’est d’avoir le courage de se relever en faisant face au monde, comme si de rien n’était.

R.E.S.P.E.C.T.

Je suis une honteuse

Géraud est vraiment un mec à part. Les filles pensent qu’il est gay. Moi, je pense qu’il est tellement peu sûr de lui qu’il entre dans un rapport de séduction avec tout le monde. Y compris… Enfin, je veux dire surtout avec moi. La faute à cette image pleine d’assurance que je projette dès que je franchis la porte de mon bureau… Ou à mon aura naturelle.

Il est assez facile de s’imaginer ce à quoi il ressemble: petites lunettes, toujours bien mis, toujours souriant…

Le portrait craché de Géraud.

Le problème avec Géraud, c’est que son comportement me désarme… Ce n’est pas que je sois sensible à son charme, il a ce côté dragueur du sud un peu rance à la Yves Montand qui me fait sourire. Non. Géraud me désarme car il est le style de personne tellement en demande d’affection et dans l’admiration de chacune des paroles de ses interlocuteurs, qu’il m’est complètement impossible d’envisager une seconde de décevoir ses attentes. Il investit une émotion tellement phénoménale dans ses relations que son interlocuteur se sent immédiatement responsable de son bien être.

Mais le problème ne vient pas de lui. Le problème vient de moi et de ma façon imbécile de recevoir son comportement au plus profond de mon ego. Le mode affectif me dérange. Je ne sais pas y répondre autrement que par des pirouettes.

Juste avant de partir en congés, Géraud m’a invité à déjeuner.

J’avais prévu de lui annoncer que non, je n’avais aucune vue sur Cécile, ma partenaire de théâtre puisque oui, ma pédérastie est tellement flamboyante qu’elle m’illumine de l’intérieur.

Nous nous sommes installés dans un petit restaurant indien à côté de mon bureau. J’ai commandé un Lassi banane. Je commande toujours un lassi banane dans un restaurant indien. Il s’agit d’une tradition personnelle. Géraud a ouvert des yeux plus grands que les pommettes de Mylène Farmer et m’a indiqué qu’il n’avait jamais entendu parler de cette boisson.

Mais Géraud ne louche pas contrairement au sosie de Rouge Cerise présenté ci-dessus.

Après m’avoir demandé s’il pouvait goûter à cette mixture, il m’a tout simplement déclaré qu’il adorait être en ma compagnie car il découvrait toujours de nouvelles choses: adresses de restaurant, marchands de fringues, pièces de théâtre, twitter…
Puis, comme s’il était courant de faire de telles déclarations à un collègue de bureau, il a embrayé le plus naturellement du monde sur le couple que je forme avec ma copine me demandant des précisions dans le but de le comparer au couple qu’il forme, lui-même, avec sa copine.

Je n’ai pas réussi à le détromper. Very s’est transformé en Vera. A l’intérieur je me suis senti bouillir sans pouvoir empêcher les paroles de dégueuler de cette bouche que j’aimerais parfois pouvoir sceller.
Je ne suis pas militant et pourtant je me suis fait souffrir en pensant que j’étais en train de trahir une cause pour laquelle des gens meurent ou se font enfermer dans de nombreux pays. Je me suis senti misérable. Je me suis senti retourner au lycée, lorsque mon copain de l’époque, Eddy, avait été rebaptisé Amélie pour la galerie devant laquelle je n’assumais pas du tout d’aimer la bite. Je me suis senti replonger doucement dans le mal-être que cause cette dualité qui m’encombre.

En bref, j’avais hâte que ce déjeuner se termine pour me retrouver face à ma médiocrité. Je devrais crier haut et fort que je suis gay. Mais mon ego, qui aime se sentir flatté, admiré, complimenté, ne le voit pas de cet œil.

Mon ego est pétri de la certitude qu’être gay, c’est être inférieur.

Mon ego donne raison à la société entière pour laquelle être gay, c’est être un eunuque.

Et puis, Géraud est parti en congés.

Et puis, j’ai reçu un message de lui m’indiquant que tout se passait bien dans la famille de sa copine en Espagne.

On n’envoie pas un tel message à un collègue.

Il rentre mercredi.

Boulet High Tech

La société française est soit-disant laïque depuis la séparation des Eglises et de l’Etat, c’est à dire depuis plus de 100 ans.

Alors qu’est-ce que c’est que cette morale judéo-chrétienne que l’on nous sert à tous les repas? Force est de constater qu’il n’y a pas que Christine Boutin qui soit assez imprégnée de connerie pour refuser le bonheur à des centaines de milliers d’individus en brandissant un bouquin rédigé pour contenir les masses il y a deux millénaires…

Toute la société: vous, moi, votre patron, vos collègues et vos follasses de copines… Tout le monde se retrouve plus ou moins dans ce bain de croyances fondées sur RIEN qui nous entravent un peu plus chaque jour.

OUI, l’idée de nation est fondée sur un certain nombre de coutumes et de croyances communes, c’est normal.

Mais NON, on ne peut pas affirmer d’un côté que la France est le pays des droits de l’Homme, que la France est une démocratie républicaine et d’un autre côté être empêtré dans cet amas de préjugés proférés à longueur de journée soit-disant pour notre bien.

Ce ras-le-bol m’est venu ce matin alors que j’écoutais Europe 1 – France Inter m’endort. Ce n’était pas du mariage gay, sujet qui n’aura même pas fait l’objet d’un débat dépassionné et objectif entre les députés français, ces élus censés être des personnes censées, qu’il était question, mais du suicide manqué d’une femme de 58 ans à Etretat.

Comme chaque matin lorsque j’entends les news, j’étais en chaussons et pyjama dans un état léthargique devant mon café au lait, quand je me suis rendu compte que le chroniqueur présentait ce fait divers sous un angle totalement politiquement correct… Sous un angle totalement judéo-chrétien.

Parce que la société vous a appris comme à moi que le suicide c’est mal, que les personnes qui se suicident n’ont pas le droit au paradis, que les personnes qui se suicident n’ont pas le droit à un office catholique – enfin ce n’est plus vrai depuis… 1983… – le téléphone portable qui a pu permettre de localiser cette personne et de la sauver d’elle-même grâce à l’envoi d’un SMS fut porté aux nues sur Europe 1, comme sur paris-normandie.fr ce matin.

Je ne prétends pas tout savoir sur le sujet… Je ne suis pas fan de Mylène Farmer. Mais n’a-t-on pas le droit, dans une démocratie laïque, de disposer de son propre corps?

Vous pourrez arguer du fait que selon Freud, l’envoi de ce SMS constituait sans doute un appel au secours et que ne dépêcher personne sur le lieu de cette tentative de suicide eût été de la non-assistance à personne en danger… Et vous aurez peut-être raison.

Mais pourquoi l’idée inverse ne vient-elle jamais à l’esprit de personne? Pourquoi cette localisation téléphonique n’a-t-elle pas été présentée comme une intrusion dans la vie privée de cette femme de 58 ans, comme c’est le cas lorsque l’on stigmatise l’iPhone qui nous piste au millimètre? Pourquoi n’a-t-on pas souligné le fait que cette localisation constituait une ingérence dans la vie, ou dans le droit de mourir, de cette personne qui souhaitait peut-être plus que tout se libérer d’elle-même?

Pourquoi?

Parce que se suicider reste un acte de mauvaise vie dans notre société baignée de préjugés judéo-chrétiens. Reconnaîtrait-on à cette femme empêchée de mourir le droit d’être en colère contre sa compagnie de téléphone? On comprendrait mieux qu’elle lui envoie une lettre de remerciement.

Quoiqu’il en soit, je lui souhaite une longue et heureuse vie… Puisque le destin en a voulu ainsi.

Mais que l’on ne vienne plus me dire que je suis libre de disposer de moi-même. Je porte un boulet high tech sur moi en permanence.

PS: Cet article est polémique. Je le sais. Je comprends et je ne minimise en rien le soulagement des proches de cette dame qui ont, comme je l’aurais fait, donné l’alerte. Je suis seulement choqué par le prisme journalistique confortant sciemment la société dans ses valeurs les plus rétrogrades et ne laissant aucune chance au progrès de l’esprit et de la réflexion sur les choses.