Préjugés de midinette

Hier matin, alors que j’avais les yeux dans le vague, un jeune brun ténébreux et bronzé juste à point, comme une côtelette parfaitement cuite que l’on aurait envie de déguster immédiatement, est entré dans le métro.

Il représentait l’exacte perfection. Un peu viril mais pas trop, encore jeune mais pas trop, habillé de manière stylée mais pas trop, de larges avant-bras mais pas trop…

Il s’est assis en face de moi, bien conscient que mes yeux s’étaient posés sur lui dès son premier pas dans la rame. Je déteste passer pour un vieux con libidineux alors qu’après tout, comme je le ferais pour une œuvre d’art de laquelle je ne pourrais pas détacher les yeux, il est naturel de regarder ce que l’on trouve beau, non?

Répondez sans réfléchir:
si Ricky Martin entrait dans la pièce dans laquelle vous vous trouvez tout de suite et s’asseyait en face de vous, vous ne seriez pas un peu moins concentré pour lire cet article pourtant primordial pour votre compréhension du monde?

Bon… Alors arrêtez tout de suite de me jeter la pierre et reprenez une lecture dénuée de tout jugement.

J’étais donc en train de lire Le Monde sur mon HTC Desire Z et, à partir du moment où il s’est assis en face de moi, mon esprit de midinette s’est mis à prendre le pas sur mon esprit cartésien. Ma concentration s’est liquéfiée jusqu’à former une grosse flaque en dessous de mon siège. Mon comportement est devenu complètement insupportable pour moi-même, ne pouvant m’empêcher de lever les yeux après chaque mot.
Je ne sais pas si vous avez déjà essayé, mais cette technique rend la compréhension de ce que l’on lit beaucoup plus hasardeuse. Et pourtant, mon cerveau commandait à ma tête de se relever invariablement toutes les deux secondes, juste pour regarder ses yeux de braise absorbés par l’écran du téléphone portable qu’il avait entre les mains.

Et puis, persuadé que mon manège allait me mettre dans l’embarras, je  me suis dit qu’il fallait absolument que je porte mon regard ailleurs. Ailleurs que sur son visage.
Alors je me suis mis à regarder la deuxième chose la plus importante pour moi chez un mec après son regard.

… Non mais qu’est-ce que vous allez vous imaginer hein? Vous me prenez pour une chaudasse, comme blogisbeautiful?

Non. Je me suis mis à regarder ses mains occupées à tenir fermement un téléphone. Je suis très à cheval sur les mains: leur propreté, leur forme, leurs ongles coupés et non rongés.

Et là… ce fut l’horreur.

J’ai vu ça:

Oh, le vilain pouce-orteil!

Oui, ses mains étaient propres, bronzées et masculines mais non, je ne pouvais pas continuer à regarder cette horreur. Ce garçon était doté de thumb toes qui étaient si mal assortis à la grâce et à la finesse de son visage qu’ils le faisaient paraître vulgaire.

Je me suis immédiatement remis à lire sans plus relever la tête. Je ne saurais pas vous dire à quelle station il est sorti.

Voilà comment mon esprit peut faire passer un individu du statut de dieu vivant à celui de vulgaire buveur de bière amateur de foot en un quart de seconde.

Et, croyez-moi, je ne suis pas fier de mes préjugés.

Bonheur perturbé

Quand je me suis réveillé ce matin, la vie était belle.

J’étais un peu fatigué par le cours de théâtre suivi d’un petit verre de vin hier soir suivi de la découverte du dernier album de Thierry Amiel – moment extatique durant lequel une Babette hystérique a indiqué qu’elle participerait à l’enregistrement de “Chabada” jeudi prochain afin d’écouter son mâle -  et tellement heureux d’avoir été si fabuleux dans l’interprétation de mes scènes… Oui, je suis fabuleux. Cela vous pose un problème?

J’étais heureux de frotter ma tête contre le pelage de Titi en lui parlant comme à un attardé juste pour le plaisir de voir ses yeux briller et sa petite voix retentir dans tout l’appartement.

J’ai souri de me voir si belle en ce miroir de voir que le soleil brillait tout en sachant que j’allais sans doute déjeuner en terrasse.

J’ai pensé à ma collègue qui, depuis hier, arbore un carré Lazartigue du plus bel effet, ce qui n’a pas fait disparaître l’odeur de transpiration flottant autour de ses vêtements du premier janvier au trente-et-un décembre.

J’ai ressenti une légère euphorie à l’idée de me retrouver ce soir au concert de Thomas bien qu’étant contraint d’y aller avec un mec très petit atteint d’une phobie de la piscine.

Je me suis senti serein à l’idée du week-end de trois jours qui s’annonce. Celui de mon escapade “Kate Middleton” dans les châteaux de la Loire.

Quand je me suis réveillé ce matin, j’étais heureux.

Oui… Vous avez bien lu.

J’étais.

Parce qu’à cette heure-ci je ne le suis plus DU TOUT.

Tout ça parce qu’une CHAUDASSE guadeloupéenne a réveillé mon courroux.

Alors si vous m’aimez un peu, vous savez ce qu’il vous reste à faire… Lui dire tout ce que vous pensez de sa vilénie en postant un commentaire

ICI.

Merci à vous de signifier à cet individu qui est la reine.

Ditom is the queen