Viens faire un poutou à maman

Jeudi, lorsque je suis entré dans la salle de formation, les stagiaires étaient déjà au complet. 14 personnes. Comme d’habitude, j’ai jeté un premier coup d’oeil circulaire… 12 femmes et 2 hommes.

Mon regard s’est arrêté sur une blonde ridée par un bronzage excessif, maquillée à la Julie Pietri, ornée d’environ 12298 bracelets, colliers et boucles d’oreille, des ongles faux, très longs et vernis en noir. J’avais déjà vu cette femme… Mais la physionomie et moi, nous ne sommes pas très amis.

Heureusement, pour me renseigner, Barbie ridée est venue me voir un peu avant que la formation ne démarre.
Oh Ditom… Quand j’ai vu que vous étiez le formateur sur la plaquette, je me suis inscrite tout de suite. Vous m’avez appris tellement de choses la dernière fois…

Une groupie… Après un lundi-confidence de Viviane, ma semaine avait déjà été marquée par un “Je crois que j’ai envie de faire l’amour et je sais qu’à toi je peux me permettre de le dire”… Alors, finalement, pourquoi ne pas vivre une semaine à thème?

Vendredi matin, ma groupie est donc arrivée avec un petit sac élégant rempli de chocolats de pâques achetés spécialement à mon attention. En me le tendant, elle s’est cambrée, me laissant remarquer qu’elle avait vraiment un beau cul pour son âge… Mais qu’importe. Elle n’allait pas s’arrêter en si bon chemin.

Vendredi midi, Barbie ridée m’a indiqué qu’elle connaissait un très bon petit restaurant pas loin et qu’elle serait enchantée de me le faire découvrir. Mais j’avais d’autres projets trop importants pour être annulés: manger des barres hyperprotéinées sur un banc au soleil comme un SDF.

L’après-midi, Barbie ridée, désespérée par tant d’indifférence, a tenté une dernière approche en m’apostrophant devant tous les stagiaires, au milieu d’un exercice.
Ditom - oui… Elle est de ces gens qui se sentent obligés de te rappeler ton prénom au début de chaque phrase - au cas où nous aurions des questions supplémentaires, pourriez-vous nous indiquer vos coordonnées? Elle s’est sentie obligée d’ajouter à l’attention du groupe: ce n’est pas que j’ai l’intention de m’en servir personnellement… Quoique je ne dirais pas non…

Un flottement s’en est suivi…

Je pense que j’ai dû rougir mais peu importe, je me suis retourné de manière très digne vers le tableau et j’ai inscrit l’ensemble de mes adresses professionnelles. L’épreuve était terminée.

Bilan: cette semaine, j’ai failli me taper la mère de Barbie.

Viens petit... Barbie ridée veut te faire un poutou.

Si ça, ça ne vous renvoie pas à la médiocrité de votre vie par rapport à la mienne, je ne sais plus quoi vous dire.

Give me all your germs!

Viviane ne changera pas en 2012. Je ne sais pas si elle l’a décidé, si ça lui est venu comme une lubie, ou si elle subit la situation.

Moi, par contre, j’ai décidé de tout changer dans ma manière de travailler: j’ai acheté une senseo noire qui trône depuis la semaine dernière sur mon bureau.

C’est d’ailleurs en courant aux toilettes pour remplir le réservoir de ma précieuse machine que Viviane m’a repéré…

Hein? Mais tu as une machine à café toi, maintenant? Mais de quelle couleur elle est? Et tu prends plutôt des verres en plastique, en papier ou un mug? De quelle couleur? Tu prends quel style de dosettes?…  Bref, je fus assailli de questions… Jusqu’à la fatidique:

Je peux venir voir?

Je vous passe les cris d’extase à la vue de ma machine que l’on peut trouver, je le souligne, dans n’importe quel supermarché pour la modique somme de 59 euros (c’est dire si ça vaut le coup de pousser des hurlements orgasmiques). Tout ça pour en arriver à LA discussion cruciale...

Oh… Tu préfères les mugs aux verres en plastique? Moi aussi. C’est plus écologique. Et tu le nettoies souvent le tien?

Ma spontex rutilante exposée derrière ma machine pouvait en témoigner… Oui, je le nettoie quotidiennement. Le soir, avant de partir…

… Mais non, je n’aurais jamais dû répondre ça.

Viviane s’est jetée dans cette discussion à corps perdu comme si sa vie en dépendait.

Hein????? Mais c’est dégueulasse? Moi je la nettoie à chaque fois que je prends un café ou un thé… Il y a tellement de virus qui flottent dans l’air!

Se faire traiter de dégueulasse par une vieille fille incapable d’aller consulter pour un détartrage c’est pathétique. Je suis d’accord avec vous.

D’ailleurs Viviane, sentant qu’elle était allée un peu loin, s’est rattrapée aux branches avec la douceur d’un cageot de melons s’étalant sur le gravier.

En même temps, virus ou pas, moi, je veux bien boire dans ta tasse après toi… Et plus si affinités.

Un grand silence gêné a suivi cette saillie verbale.

Ce jour-là, je n’ai pas vu le temps passer.

Je me suis jeté dans le travail pour oublier.

Jupe tâchée

On parle d’une journée de la gentillesse, on parle de scènes follement intéressantes (hein?) se produisant dans le métro et ça m’inspire…

D’abord parce qu’en fouillant bien dans ma boîte mail, j’ai trouvé la preuve que Viviane avait fêté cette journée de la gentillesse le 13 novembre dernier en me transmettant un message probablement destiné à clarifier ce mystère dont elle est entourée, un peu à la manière d’une Carole Bouquet moche,  intitulé “Devine quoi…”

Je ne résiste pas à copier-coller ce message ici tant l’information délivrée est primordiale pour la culture de l’ensemble de ses fans et surtout pour le futur de nos relations. Donc, le 13 novembre dernier, Viviane a pris le temps de rédiger un message électronique pour m’indiquer la chose suivante: “Whouahhh je suis juste en dessous de toi :-D (dans le plan de congés!)”…

Je n’ai pas répondu… Même pas pour lui demander si elle était fière de son empreinte carbone. Je suis fier de ce self control nouvellement acquis.

Ainsi Viviane est plus bottom que top -dans le plan de congés (clin d’œil appuyé)… Ne soyez pas déçus. Il n’y a pas de surprise: je vous avais bien dit que ça ne collerait pas sexuellement entre nous.

Qu’à cela ne tienne, je raffole de son nouveau brushing.

je ne suis pas fan des boucles d'oreille en revanche

Ça m’inspire ensuite parce que nous parlons de gentillesse dans le métro. Et laissez-moi vous dire qu’en la matière, j’ai vécu l’apothéose de la civilité et de la gentillesse hier. Imaginez-vous que vous êtes à Nation au terminus de la ligne 6. Un garçon plutôt beau, barbe de deux jours, lunettes métrosexualisantes, une raquette de tennis fièrement enfoncée dans son Eastpak, attend le métro avec la même impatience que vous.

Le métro est arrivé.

Dans ces moments là, je suis une furie. Telle une petite vieille, j’ai repéré les places vides en un instant pour y précipiter mon gros cul et sortir mon Galaxy Note. Assis, j’ai tout de suite jeté un œil autour de moi simplement pour vérifier la place à laquelle le beau garçon, de toute évidence plus cool que moi, allait s’installer. C’est à ce moment que j’ai assisté à l’une des scènes les plus surréalistes qu’il m’ait été donné de vivre dans ce trou urbain.

Le garçon s’est avancé vers une place située en face d’un grand black d’environ 3 mètres – pour moi, le monde entier est grand – qui, en le regardant avec défiance, a lancé volontairement un énorme crachat sur le siège sur lequel il allait s’asseoir… J’avais mon casque audio. J’ai juste pu constater que le garçon avait protesté tout en rougissant de colère. 

Oui. On en est là. Les gens crachent sur votre siège pour vous signifier qu’il ne veulent pas de vous en face. C’est poétique, non?

Je m’en fous. Le beau brun est venu s’installer à côté de moi et c’est une jeune godiche qui s’est installée là-dessus.

Fais attention à ta jupe chérie

M’est avis qu’il y en a une qui a dû déclencher l’hilarité à la machine à café.

EUX contre NOUS

J’ai toujours pensé que je travaillais dans un univers feutré de bac+5 tellement obnubilés par les convenances sociales qu’ils en devenaient complètement lisses et sans intérêt - si l’on excepte évidemment le cas Viviane qui devient un peu plus préoccupant chaque jour.

Eh bien non. Je ne vis pas dans une serre. Nous ne sommes pas protégés de l’intrusion de la vulgarité extérieure. Non… Parce que dans mon bâtiment se côtoient deux espèces qui, a priori, n’auraient jamais dû se rencontrer.

D’un côté il y a les NOUS… Ceux qui se servent d’un ordinateur, qui conservent toujours leur smartphone à portée de main au cas où une alerte push de première urgence les informerait de la mort de lady Gaga.

De l’autre côté, il y a les EUX… Les gens de la maintenance que l’on appelle lorsqu’une ampoule est grillée ou lorsque le convecteur donne des signes de faiblesse.

Entre EUX et NOUS, il n’y a pas d’interaction visible - je veux bien concéder un petit regard lancé de temps à autre à l’un ou l’autre de ces mecs typés dotés d’un cul splendide et d’une démarche de caïd.

Enfin… Il n’y AVAIT pas d’interaction visible.

Il n’y en avait pas jusqu’à ce qu’un jour, il y a environ 6 mois, ne retrouvant pas mes clés dans mon sac, je ne sollicite André, le gardien des clés tout au bout du couloir, un gros bonhomme à la démarche proche de celle de Casimir… Oui, lorsque l’on observe André, il semble que ce soit un peu tous les jours le printemps dans sa tête. Toujours est-il que depuis ce jour, André et moi échangeons quelques amabilités, notamment à la machine à café, portant principalement sur la météo ou les prochaines vacances.

Je discerne dans vos yeux cet air mièvre et satisfait en imaginant que, finalement, mes préjugés sociaux sont tombés en miette à la faveur de cette nouvelle amitié de couloir. Eh bien je suis au regret de vous annoncer que non seulement cette moue vous donne un air très con, mais que de plus, vous avez complètement tort. Au contraire, depuis aujourd’hui, je suis plus convaincu que jamais de l’hermétisme existant entre ces deux mondes qui ne se fréquentent jamais vraiment.

Oui, parce que ce matin, j’ai constaté qu’un néon était grillé dans mon bureau. Ni une, ni deux, je me suis acheminé gaiement vers le bureau de mon cher ami André… Sauf qu’André m’a indiqué qu’il n’était pas celui qui gérait les réparations de néons - suis-je bête… Comment être assez polyvalent pour être à la fois le gardien des clés et gérer les réparations de néons

A ce moment, un choix s’offrait encore à André. Il aurait tout simplement pu m’indiquer de manière sympathique la personne compétente, voire même l’appeler pour moi - est-ce que j’y vais trop fort? - MAIS NON. André, fort de notre amitié presque semestrielle s’est exclamé à mon endroit “il faut que tu ailles voir Annick. Je suis sûr qu’elle va te faire baver partout tellement elle est belle Annick, alors tu essaies de ne pas salir la moquette, hein”…

J’avoue que cette remarque, certainement pleine de bon sens à ses yeux, m’a complètement décontenancé.

Et, puisque je fais partie des NOUS et que, pour les NOUS, la sauvegarde des convenances sociales demeure une valeur indétrônable, je n’ai rien trouvé d’autre à répondre à André que “ce n’est vraiment pas mon genre”.

Quelle tapette je fais! Je suis sûr qu’André m’a, depuis, imité devant tous ses collègues en adoptant un accent précieux et pédant.

Vieux beau

Ce midi j’avais rendez-vous avec une ancienne collègue – ou si vous préférez, une amie – Aurore. J’aime être avec elle. Elle a ce côté pétasse-mais-pas-trop qui me ressemble un peu.

Et s’il y a un détail de mon physique qu’Aurore affectionne, ce sont mes cheveux poivre et sel. D’ailleurs tout le monde aime cette couleur de cheveux…

… Tout le monde sauf moi.

C’est ainsi qu’au bout d’un quart d’heure de conversation, j’ai vu ses sourcils se froncer doucement, un minuscule rictus se dessiner sur ses lèvres et ses yeux adopter un air moqueur.

Elle s’est lancée.

Ne me dis pas que tu t’es teint les cheveux!

A court d’idée pour inventer un mensonge, voué de toutes façons à rester peu crédible, je me suis dit que le mieux serait probablement de rester sincère.

Si… Je n’en pouvais plus de tous ces cheveux blancs.

Ohhh… Tu l’as fait tout seul? Mais tu as fait ça quand???

Dimanche… Pourquoi??? C’est si visible que ça?

Tu fais un peu “vieux beau”. Ne t’en fais pas… D’ici un mois avec les shampoings on ne verra plus rien.

Et, puisqu’elle ne pouvait pas s’en empêcher, elle a ajouté…

La prochaine fois, je te prends rendez-vous chez mon coiffeur. Ta couleur sera au moins un peu décente.

RESULTAT: cet après-midi, je n’ai pas encore osé sortir de mon bureau.

Je dois vraiment songer à changer d’amis.

Je ne vois pas pourquoi elle dit que je fais "vieux beau".