Je suis plus réconfortant que ton chien

Je vous ai déjà parlé de Rosine, l’une de mes partenaires de théâtre, et accessoirement, l’une des femmes les plus vulgaires qu’il m’ait été donné de rencontrer dans ma, déjà, longue vie. Si je devais définir Rosine, je dirais simplement qu’elle est la seule femme qui m’a demandé un jour sur le bord d’un trottoir si j’étais actif ou passif. Je pense que cela pose assez bien sa personnalité.

J’ai dîné hier soir avec elle.

N’allez pas vous faire des idées, je n’ai pas dîné en tête à tête avec elle. J’aurais vécu un calvaire.
En fait, nous étions huit… Et je crois pouvoir affirmer solennellement qu’il n’a manqué qu’une montée des marches digne de ce nom pour pouvoir qualifier la soirée de festival international de Rosine.  Oui. Même si nous étions huit, Rosine a la voix qui porte. Le dîner a donc tourné autour d’elle et de ses histoires de secrétaire-qui-veut-se-taper-son-patron-marié-mais-qui-ne-sait-pas-comment-l’en-informer.

J’ai naturellement préféré converser une bonne partie de la soirée avec mes voisines, plus en adéquation avec ma grâce naturelle, parmi lesquelles se trouvait Sandra, une fille intéressante avec laquelle je n’avais jamais réellement parlé.

Evidemment, étant le copain gay, de quoi pensez-vous que les filles me parlent?  Eh bien, comme à tous les lecteurs gays de ce blog, elles me confient leurs peines de coeur… Et pensez-vous que l’on puisse vraiment compter sur la délicatesse de Rosine pour ne pas écouter les conversations des autres?

Non. Bien sûr que non. Rosine a cette faculté, que partagent peu de personnes, de parler tout en écoutant… Cela demeure un mystère pour moi, mais c’est un fait.

Elle n’a donc pas perdu une miette de ce que Sandra m’a confié, ni de mes réponses parfois très personnelles. A la fin de la conversation, elle a même mis un terme définitif à la sienne pour déclarer de manière tranchée:

“C’est merveilleux pour une femme de pouvoir parler avec Ditom. Il nous fait instantanément nous sentir belles..”

Ce propos étant tellement réducteur, je n’ai pas su quoi répondre… Hormis un sarcastique “tu as parfaitement résumé le rôle social du gay, Rosine…”. Vous me connaissez un peu…

Puis, illuminée, elle a lancé: “longtemps j’ai cru que les homosexuels n’aimaient pas les femmes. Maintenant, je pense que c’est juste dommage qu’ils ne veuillent pas s’allonger avec elles.”

Tout était dit… Enfin presque.

Rosine ne s’arrête jamais en chemin…

Alors quand le propriétaire du restaurant est venu nous apporter l’addition, elle l’a regardé et lui a lancé avec un air exaspéré: ”la prochaine fois que nous viendrons, nous vous donnerons quelques conseils pour la musique…” J’ai certainement dû lever les yeux au ciel en pensant déjà à la délivrance du lit douillet qui m’attendait à quelques dizaines de rues…

C’était sans compter la générosité légendaire de Rosine qui, évidemment, m’a proposé de me raccompagner en voiture, prétexte fallacieux pour me parler de ses déboires avec son adolescent de fils pendant tout le voyage.

J’avais tellement hâte que cette soirée se termine que lorsque nous sommes arrivés devant chez moi, après l’avoir embrassée sur les deux joues, je suis sorti d’un trait de sa voiture avec le sentiment du devoir accompli. Mais elle n’allait pas me laisser m’en tirer à si bon compte… Alors elle a ouvert sa fenêtre:

“Ditom, il faut que je te pose une question…Cécile… Elle ne serait pas un peu lesbienne?”

C’en était trop. J’étais exaspéré.

“Et toi?”, lui ai-je demandé avant de partir me coucher sans lui laisser le temps de répondre…

Je suis un mauvais homosexuel

Je ne comprends pas…

Plus j’essaye d’être moi-même au travail, plus je récolte des réactions comme celle de Géraud, mon ça tweete collègue.

Géraud m’adore. Il pense que je suis trendy, c’est dire si son amitié pour moi le rend aveugle. A son retour de congés, quelques jours après mon propre retour, j’ai presque cru qu’il allait me prendre dans ses bras tellement il était souriant.

Bien sûr, il s’est tout de suite enquis de mes vacances en Grèce avec toute l’absence naïve de subtilité dont il sait faire preuve.

Je lui raconte – Athènes, cette île lointaine et sauvage du Dodécanèse, le chaleureux accueil des grecs- lorsque je note une expression de curiosité coupable sur son visage. Il se lance…

Et Cécile?

Moi, interloqué, arrêtant net ce récit passionnant: Cécile?

Lui: Oui… Cécile… Ta partenaire de théâtre.

Vous vous êtes déjà pris un mur dans la figure? Un truc qui allume de douloureuses étincelles dans votre regard? Eh bien c’est un peu l’effet que m’a fait cette question.

Après avoir rassemblé mes esprits et ne comprenant toujours pas le sens de l’interrogation: Ah… Cécile… Eh bien… Euh… Elle va bien je crois… En fait ça fait un moment que…

Lui: Elle devait bien te rejoindre à Athènes, non?

C’est à dire que… Je n’étais pas tout seul à Athènes. 

Lui: Oui… Enfin… Deux pour le prix d’une, je suis sûr que ça ne te fait pas peur hein -clin d’oeil complice-.

A partir de ce moment j’ai un trou noir… Jusqu’à ma reprise de conscience sur la moquette de mon bureau dans un flot de bave le corps pris de convulsions impressionnantes à l’idée d’une marée de vagins agglutinés dans MON lit…
Enfin… Pour être plus exact, le téléphone a sonné…

Oh mon dieuuuuuuuuuuu! Serais-je devenu un homo beauf que tout un chacun pourrait confondre avec un hétéro partouzeur?

Je ne vois qu’une solution:

je promets de venir travailler tous les jours vêtu d’un pantalon fushia, de bottes à fleurs et d’une chemise rouge et jaune à petits pois afin qu’une telle scène ne se reproduise jamais.

JAMAIIIIIIIIIIIIIIIS…