Ce week-end, je suis coincé au lit, seul, sujet à des étourdissements. C’est un sentiment que je déteste et que j’adore. Être retiré du monde, pouvoir bouger comme je veux, rien ni personne pour me contraindre…
Je ne sais pas si je suis réellement sociable. J’ai besoin des autres mais j’ai souvent besoin de me retrouver seul, de ne plus aimer personne, de me détacher, de me recentrer. Je suis sans doute plus sauvage que je ne me l’avoue.
Hier, plaisir solitaire et sauvage, je suis allé au cinéma. Seul. J’avais peur de tomber dans le métro mais ce sentiment de liberté égoïste et d’absence de partage était délicieux.
Le film, je l’ai choisi sans discussion : “Howl”, un film indépendant de Rob Epstein et Jeffrey Weinstein à propos d’un épisode marquant de la vie d’un poète homosexuel de la beat generation, Allen Ginsberg, auteur de ce poème, “Howl”, confronté à la pudibonderie américaine de la fin des années 50 opposant la forme littéraire et le fond du propos.
Le jeu de James Franco est parfait, comme souvent – surtout lorsqu’il s’éloigne des blockbusters -, et ceux des cerises tombant du gâteau tout au long de ce film dont Jon Hamm, David Strathairn et Mary-Louise Parker lui ajoutent une humanité déconcertante et évidente.
J’ai été touché comme je ne l’avais pas été depuis longtemps…
J’ai ressenti l’urgence, le risque, la douleur, les cris étouffés, la réalité crue, le poids de la censure et du regard sociétal, le manque d’amour, la dépression, l’ironie et l’espoir, l’existentialisme sous LSD, le refus absolu d’être rangé dans des cases.
Je suis naturellement sensible aux états d’urgence. Ces états extrêmes qui poussent quelques élus à hurler les pires aspects de l’humanité en un cri lucide visant à percer la couche lisse et politiquement correcte qui se déverse jour après jour sur nos yeux et dans nos oreilles comme un dictat. Ce hurlement me rappelle celui de mon adolescence, celui de la génération SIDA, poussé par Didier Lestrade, Hervé Guibert ou Cyril Collard, l’amour virtuel de mes seize ans. Ce hurlement résonne en moi comme un espoir: des gens veillent, tout le monde ne s’est pas résigné à baisser les bras.
Mais j’ai aussi le sentiment que ce hurlement se tait depuis très -trop?- longtemps.
Ce hurlement me fait me sentir vivant… Et pourtant je suis incapable de le pousser moi-même.
J’ai retenu une phrase prononcée par le personnage de Ginsberg qui dit à peu de choses près ceci: la plupart des auteurs cherchent à imiter ceux qu’ils ont lus et qui les ont touchés alors qu’ils devraient écrire en se rapprochant au plus près de ce -ceux?- qu’ils sont.
Aller chercher ce qui fait mal ou ce qui fait du bien, ce qui est intense – Ne pas se contenter de la surface. Ne pas se voiler la face en présence de ce qui dérange – c‘est ce qui fait avancer la société selon moi.
Qui suis-je? De quoi ai-je envie? Qu’est-ce qui m’est nécessaire? Où vais-je? Pourquoi suis-je ici?
Je n’ai pas encore trouvé les réponses… C’est sans doute la raison de mon bouleversement.
Je suis loin d’être un connaisseur de la beat generation. Je ne savais pas que Ginsberg était né artistiquement aux côtés de Kerouac, Burroughs ou Dylan.
J’ai envie ou besoin d’en savoir plus.
HOWL.





